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Œil

Ouvrages de physique et de biologie issus des archives du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). 
81 x 54 cm - 31,5 x 21 pouces 




Métamorphique


S’appuyant sur des manuels de physique et de biologie mis au rebut dans les archives du CNRS, la série Métamorphique explore l'obsolescence matérielle du papier comme métaphore des processus psychologiques d'effacement et de persistance. Le terme « métamorphique » est emprunté à la géologie, où les roches subissent de profondes transformations structurelles sous l’effet de la pression et de la chaleur.

Ce projet examine les implications de l’obsolescence du papier comme support d’information, interrogeant le devenir du savoir lorsque son support physique est jugé superflu. Avec la numérisation des archives scientifiques et la mise au rebut de leurs originaux papier, ces livres, jadis vecteurs de découverte et d’apprentissage, entrent dans un état entre déchet et potentiel. L’œuvre explore de nouvelles dimensions de la lecture, où la matérialité de la page supplante son contenu textuel, où l’acte de plier devient une forme de réinterprétation, où l’obsolescence se mue en résurrection, et où la fin d’un cycle de vie marque le début d’un autre.

Ce processus métamorphique opère comme une forme de mnémoplastie, sculptant la mémoire elle-même. Le savoir scientifique, loin de disparaître, subit une transformation mnésique. Chaque pli consolide ce que le livre conserve de sa fonction première, créant des traces stratifiées qui résistent à l'effacement complet. Ce qui apparaît comme une obsolescence matérielle se révèle être une hypermnésie : l'archive mise au rebut se souvient plus intensément, par sa transformation physique, qu'elle ne l'a jamais fait en tant que texte consulté.





Rivière

Ouvrages de physique et de biologie issus des archives du CNRS. 
80 x 80 cm - 31,5 x 31,5 pouces





Chute

Ouvrages de physique et de biologie issus des archives du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). 
50 x 50 cm - 20 x 20 pouces













Météorites

Ouvrages de physique et de biologie issus des archives du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). 
52 x 32 cm - 20,5 x 12,5 pouces





Chronotopique


La série Chronotopique explore l'intersection de l'espace et du temps à travers la transformation de la matière. Le terme « chronotopique » renvoie à la fusion des dimensions temporelle et spatiale, un concept emprunté à la théorie de la relativité, où les cartes géographiques deviennent des réceptacles de mémoire, leurs plis enregistrant à la fois les voyages entrepris et le passage du temps lui-même.

Chaque pli devient un chronotope : un point de convergence où la distance parcourue et le temps vécu se condensent en un seul point. Les cartes, marquées par des plis répétés, portent les traces d'innombrables itinéraires, transformant l'espace cartographique en un support pour les expériences vécues, porteuses d'information et évoquant la théorie de la mémoire quantique.

L'œuvre explore comment la mémoire se sédimente dans la matière, comment l'espace se courbe sous le poids du temps, et comment cet acte de courbure devient une méditation sur la relativité.















Discordantique


Née d'une période de bouleversements personnels, la série Discordantique explore les notions de destruction et de reconstruction à travers le phénomène géologique de la discordance : la rencontre de couches rocheuses d'âges et d'origines très différents, séparées par l'érosion, le temps et les forces tectoniques. Le terme « discordance » désigne la surface qui sépare deux séquences de strates aux histoires distinctes, une rupture dans la continuité géologique qui, paradoxalement, crée de nouvelles formations en reliant des fragments temporels disparates.

Cette série est née de la déconstruction d'œuvres insatisfaisantes, ratées, issues d'une période chaotique. La toile s'est brisée, ses fragments dispersés comme des plaques tectoniques après une rupture. Plus tard, certains morceaux ont été déformés, d'autres réassemblés en deux nouvelles compositions, créant un assemblage de mémoire et de matière. À ces fragments s'ajoutèrent des pages du Jikji coréen, texte bouddhiste et premier livre imprimé de l'histoire (1377), comme pour suturer la plaie, dans l'esprit du kintsugi, l'art japonais de réparer les céramiques brisées à l'or, où la réparation célèbre la fracture plutôt que de l'effacer.

L'œuvre ne dissimule pas son histoire de fragmentation, mais la célèbre, rendant visibles les discordances, les ruptures, les intervalles manquants, les transitions abruptes entre des époques incompatibles. Ce qui émerge n'est ni la restauration de l'original ni son effacement complet, mais un troisième état : une stratigraphie discordante où traumatisme personnel et mémoire historique, destruction et réparation, passé et présent convergent sur une même surface. Dans ces discordances réside non pas la faiblesse, mais la résilience : la capacité de maintenir ensemble des temporalités contradictoires, de faire jaillir la beauté de la discontinuité, de transformer la violence de la rupture en une création nouvelle.










Orogenèse

Pages de livres et cartes - encre







Discordance - 지질학적 부정합

Papier Hanji coréen (feuilles de mûrier) et pages du Jikji - 직지 (Livre d'enseignement bouddhistele), premier livre imprimé en caractères métalliques de l'histoire. 
81 x 54 cm - 31,5 x 21 pouces





Noyau - 핵심

Pages de Jikji - 직지 (Livre d'enseignement bouddhistele), premier livre imprimé en caractères métalliques de l'histoire.
80 x 80 cm




Trou noir - coupe

Ouvrages de physique et de biologie issus des archives du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). 50 x 50 cm





Régénératique


La série « Régénératique » explore les cycles de régénération à travers des interventions de land art qui réintègrent symboliquement le papier dans le monde organique dont il est issu. Le terme « régénératique » désigne des processus qui non seulement évitent de nuire, mais restaurent activement les écosystèmes, allant au-delà de la simple durabilité pour créer un impact écologique positif.

Replanter les livres, Jeter l'encre, Retrouver la mémoire, créée pour le festival de land art de Lieurac en Ariège, réintègre symboliquement les livres dans la terre dont provient leur papier. 
Tandis que « Fugue de papier », des partitions musicales pliées puis collées sur des troncs de hêtres à Finieyrols, Aubrac, crée des notations éphémères sur le tronc, comme un retour du papier à sa source.









Replanter les livres
Jeter l'encre
Retrouver la mémoire

Livres trouvés dans une boîte à livres sur le chemin 
Lieurac - Ariège









Fugue de papier

Partition musicale d'une fugue sur un tronc de hêtre
Finieyrols - Aubrac
Aubrac

Pages de livre de géologie de l’Aubrac sur ardoise de Lauze 
Finieyrols en Aubrac - Lozère





Branches


Pages de livre d'histoire de Bretagne sur branche








      Après des études d'histoire, de géographie et d'art à l'Université Paris Cité, et l'obtention d'un diplôme en design graphique à l'École Estienne Paris, Erwan Soyer développe depuis 2010 une pratique artistique explorant les mécanismes de la mémoire et de l'oubli. Son travail puise son inspiration dans la poésie surréaliste, les processus géologiques, la physique théorique, les neurosciences et les concepts psychologiques.

Travaillant principalement avec des livres et des archives destinés à la destruction, ou de simples pages de livres récupérées, sa pratique explore l'obsolescence matérielle du papier comme métaphore des processus psychologiques d'effacement et de persistance. Son travail examine ce qui existe en marge : des matériaux qui ont épuisé leur fonction première mais conservent un potentiel latent, tels des souvenirs refoulés recelant une signification dormante au sein de la psyché.

Développant une technique de pliage de papier inspirée de l'art baroque et de la géomorphologie, et travaillant les matériaux de manière brute et organique, sa démarche peut être qualifiée de Mnémoplastie (du grec mnêmê, mémoire + plastos, modelé), sculptant la mémoire comme un matériau artistique. Son travail considère la matière papier, support d’informations, comme analogie de la neuroplasticité cérébrale. Le pliage, l'effacement, l’encrage reflètent la manière dont la mémoire n'est ni figée ni perdue, mais perpétuellement remodelable. Son œuvre s'appuie sur des processus scientifiques : transformation métamorphique, fusion chronotopique, discordance géologique, perturbation stochastique, anamnèse psychologique... considérés comme des ressources structurant à la fois l'apparence visuelle et l'expérience mentale des pièces. 

Son œuvre a été exposée à l'international, notamment une commande pour la collection privée de l'hôtel Alpina à Gstaad, en Suisse, aux côtés d'œuvres de Gerhard Richter, Antoni Tàpies, Louise Nevelson, Tracey Emin, Henri Matisse, Isa Genzken et Rirkrit Tiravanija. et des installations in situ à Jackson Hole, dans le Wyoming, et à Villars-sur-Ollon, en Suisse. Ses œuvres figurent également dans des collections privées à New York et à Los Angeles. Il a par ailleurs réalisé de nombreuses commandes pour l'édition et la presse : cinq illustrations pour l'Opéra de Bavière à Munich, deux couvertures de livres pour Juan Villoro publiés par George Braziller New York, une couverture pour le Süddeutsche Zeitung Magazin et une illustration pour Le Monde Diplomatique.




Commandes - Illustrations


Collectionneur - Los Angeles - 2024 
1 grande piece

Le Monde diplomatique - 2023
1 illustration

The Missouri Review - 2021
Couverture - 1 illustration
 
Domaine du Roc - Villars-sur-Ollon - Suisse - 2021
2 Diptyque (100x70cm)

Süddeutsch zeitung magazine - 2018 
Couverture - 1 illustration

Domaine du Roc - Villars-sur-Ollon - Switzerland - 2017
1 Triptyque (92x73cm - 36x29in)

Edition George Braziller - NYC - 2015-16
2 couverture de livres de Juan Villoro

Shooting Star - Hotel Golf - Jackson Hole - Wyoming - 2015
2 pieces (92x73 cm - 36x29 in and 55x33cm - 21,5x13 in)

Collectionneur - NYC - 2014 
1 grande piece

Trip & Tpm magazines - São Paulo, Brazil - 2014
2 illustrations

Causette magazine - 2013
2 illustrations

Opéra de Bavière - Munich - 2013 
5 illustrations - Max Joseph magazine

Palace Alpina Gstaad - collection permanente - 2012
Triptyque (92x73 cm - 36x29 in) Commandé par Soho Myriad Art consulting - Londres





Expositions- Interventions


2021 - Replanter les livres, Jeter l'encre, Retrouver la mémoire
Festival de Land Art - Lieurac, Ariège

2018 - YONG
MO.CO. Montpellier
Festival Corée d'ici

2015 - RE—PLI
Exposition collective - Centre d'art La Fenêtre
Montpellier

2013 -
More Money More Problems
Exposition collective
3/some Art space - Cergy

2013 - Urgent !! 3
Residence - intervention - performance - Collectif Patrice Soletti
Centre International d'Art et du Paysage
- Vassivière

2012 - 100 Days 100 Curators
Exposition en ligne, Curation : Amanda Hunt
Saatchi Gallery - Londres

2012 - Territoire négatif
Projection photographique basée sur une lecture du texte «Buildings» de Pierre Soletti au Microfestival de Montpellier - La Baignoire





Archives
erwan-soyer.tumblr.com




Gallerie en ligne
The Artling




Contact

06 77 48 50 32 
erwan.soyer.art@gmail.com












Résilientique


La série Résilientique documente les espaces paradoxaux des jardins botaniques, les Serres d'Auteuil à Paris et les jardins de Kew à Londres, où recherche scientifique et spectacle public convergent au sein d'architectures de conservation et de captivité. Photographiées à travers les vitres qui fonctionnent simultanément comme fenêtres et barrières, ces images interrogent l'impulsion persistante de l'humanité à maîtriser le monde végétal.

Cette volonté de contrôler la nature remonte à la révolution néolithique. Les serres en représentent l'aboutissement : des microclimats hyper-contrôlés où température, humidité et lumière sont régulés pour maintenir des écosystèmes arrachés à leurs géographies natives.

Charles Darwin comprenait que la survie dépend de la capacité d'adaptation, une résilience acquise par l'interaction constante avec un environnement changeant. Le paradoxe réside dans le fait que ces espaces conçus pour protéger créent une fragilité nouvelle. Les plantes maintenues en serre développent une dépendance absolue au contrôle humain. Elles perdent leur résilience naturelle. La sanctuarisation devient atrophie écologique : les spécimens survivent uniquement grâce à une médiation technique permanente.

Véritables laboratoires du vivant, ces institutions ont aussi été essentielles à la compréhension scientifique de la biodiversité et à la conservation d'espèces menacées, tout en participant à la diffusion des connaissances botaniques et sources de découvertes pharmaceutiques. La serre émerge alors comme site d'ambivalence : sanctuaire et cage, préservation et contrôle absolu. 











Serres d’Auteuil - Paris











Kew gardens - Londres





Métastabilique

En psychologie, l'état métastable désigne une conscience apparemment stable, fonctionnelle, qui continue d'exister, mais retenue par une barrière intérieure invisible qui l'empêche de basculer vers l'acte. Ce n'est pas l'absence de désir, ni la paralysie du corps, c'est une énergie psychique qui s'accumule sans pouvoir se convertir en mouvement. Sartre, dans L'Être et le Néant, nomme précisément cette condition “l'homme est ce qu'il n'est pas et n'est pas ce qu'il est“, une conscience qui contient tout ce qu'il faudrait pour agir, qui sait ce qu'elle doit faire, mais qui reste suspendue dans cet entre-deux vertigineux qu'il appelle la liberté, et qui ressemble à s'y méprendre à une condamnation.

Hamlet en est l'incarnation littéraire parfaite, la volonté est là, le désir est là, mais quelque chose entre les deux fait barrage, répète l'hésitation, reporte indéfiniment l'acte. Il sort son épée et la remet dans son fourreau. Il s'avance et recule. Il pense, retourne la question dans tous les sens, reporte, hésite, “être ou ne pas être”. Le diptyque Tristan évoque quand à lui la métastabilité amoureuse, Tristan et Iseult c'est l'histoire de deux êtres immobilisés par un amour impossible.

En géologie ce phénomène a son équivalent dans la roche en équilibre métastable, une roche qui devrait se transformer sous l'effet de la pression et de la température, qui en a toutes les conditions, mais qui reste figée dans son état antérieur. En physique, le point de Lagrange désigne le point d'équilibre exact entre deux corps gravitationnels, l'endroit où deux attractions s'annulent parfaitement et où tout corps placé là reste suspendu, incapable de se diriger vers l'un ou vers l'autre.















Exhalatique

L'exalhaison du latin exhalare, ex, hors, et halare, respirer, désigne le processus par lequel l’éponge expulse l’eau et ses déchets. Certaines personnes absorbent les émotions des autres comme une éponge absorbe l'eau. On appelle cela l'hyperempathie, cette perméabilité émotionnelle qui se développe souvent dès l'enfance, dans des environnements où il fallait être attentif aux humeurs des autres pour anticiper, comprendre, survivre. L'éponge émotionnelle ne choisit pas d'absorber, elle est construite ainsi, pore à pore, par ce qu'elle a traversé. Elle porte en elle la tristesse des autres, leurs trahisons, leurs amours impossibles, leurs douleurs, mais aussi leurs joies, leur humour, leurs passions, leur sagesse.

Ces deux pages du roman de Tristan et Iseult, quand Tristan s'éteint avant qu'Iseult puisse le rejoindre, quand l'amour le plus absolu finit dans le manque et le trop tard, ont été le support d'un geste inverse. Une éponge imbibée d'encre bleu outremer, posée au centre du livre fermé, pressée avec force. Ce n'est plus l'absorption, c'est l'expulsion, l’exhalaison. L'éponge saturée de ce qu'elle a trop longtemps retenu rend enfin tout ce qu'elle contenait, le dépose sur les pages qui portent l'histoire originelle de cette douleur. Cette projection ressemblant à un test de Rorschach révèle l'inconscient rendu visible par la pression. En psychologie ce processus porte le nom de catharsis, du grec katharsis, purification.









Néogénétique


Néogénétique est une série en trois temps explorant la transformation mémorielle du trauma comme processus de création. Le titre s'inspire de la géologie, où la néogenèse désigne la formation de nouveaux minéraux lors de la métamorphose d'une roche, et des neurosciences, où la neurogenèse et la synaptogenèse décrivent la formation de nouveaux neurones et connexions synaptiques.

S'appuyant sur les travaux de Joseph LeDoux sur la reconsolidation mémorielle et d'Eric Kandel sur la plasticité synaptique, cette série visualise comment le trauma peut ainsi se reconfigurer en mémoire narrative apaisée lorsque de nouvelles connexions se forment.

Par un même procédé, des pages de livres de psychologie immergées dans des solvants colorés, absorbant par capillarité les encres qui remontent, les trois séries documentent cette néogenèse.





Abréaction
Pages de livres de psychologie
encre - acetone - alcool à bruler

L'abréaction désigne en psychanalyse la réduction de la tension émotive lorsque l'affect et la verbalisation du souvenir font irruption simultanément à la conscience. Processus de décharge émotionnelle qui, en libérant l'affect lié au trauma refoulé, en annule les effets pathogènes. Les couleurs envahissent le papier comme les affects submergent la conscience, irrépressibles, nécessaires, libérateurs.





Labilisation
Pages de livre 
encre - acetone - alcool à bruler
Des pages de La Métamorphose de Kafka, s'imprègnent progressivement d’encre, du rouge vers le bleu. Dans cette fenêtre de plasticité mémorielle, le souvenir traumatique devient transformable, labile, la mémoire change de nature, les synapses se reconfigurent. Par divers methodes (EMDR, Brunet) le trauma se transmute en souvenir plus apaisé. Le souvenir reste en mémoire, mais sans la charge paralysante.





Reconsolidation
Pages de livres de psychologie
encre - acetone - alcool à bruler

Le souvenir traumatique se reconsolide puis génère de nouvelles structures narratives, de nouveaux sens, de nouvelles connexions. Les pages assemblées forment un horizon qui n’existait pas. Comme les connexions synaptiques, une perspective neuve se présente, un paysage psychique transformé. C'est la croissance post-traumatique : le trauma, métabolisé, intégré, devient source de sagesse, d'empathie, de force qui n'auraient pu exister sans la traversée.























Libellique


En géologie, la libelle désigne une bulle de gaz prisonnière d'un liquide fossilisé, enclos dans la cavité d'un cristal. Mobile mais captive, elle se déplace, se sépare, se reforme, sans jamais pouvoir sortir. Et dans sa mobilité même, elle préserve la mémoire exacte des conditions originelles au moment de la cristallisation. Cette série est faite de neuf pages de La Métamorphose de Kafka immergées dans un bain de solvants colorés mêlés d'huile. Là où l'encre envahit le papier, l'huile résiste, formant des cavités organiques, vivantes, irrégulières, à l'intérieur desquelles le papier reste blanc, le texte intact. Neuf pages, neuf états d'une même bulle qui naît, se divise, se contracte, persiste.

Ce que ces bulles disent, c'est ceci : au cœur de toute métamorphose, quelque chose résiste à l'invasion. Non par rigidité, mais par une pression intérieure qui maintient l'espace ouvert, c'est ce que la géologie nomme la paramorphose, la structure préservée sous la pression. Intégrité et altération se révèlent ici inséparables : la bulle n'existerait pas sans la pression du liquide autour d'elle, la métamorphose a eu lieu, et quelque chose, au centre, n'a pas capitulé.

















Parachronique


Une parachronie, du grec para, à côté, et chronos, le temps, est un décalage progressif et silencieux du temps intérieur hors du temps partagé, nuit après nuit, jusqu'à ce que le moi vive dans un état psychique radicalement différent de celui du monde qui l'entoure. Ce n'est plus seulement le temps qui glisse, c'est le rapport à soi-même qui se fracture. Le moi se retire derrière une vitre et observe sa propre vie depuis l'extérieur, spectateur de son errance, étranger à ce qu'il était. Les espoirs s'effacent, les valeurs perdent leur prise, la confiance, en soi, dans les autres, dans le monde, se désagrège. 

En géologie, le parachronisme désigne un fossile dont la datation ne correspond pas à la strate dans laquelle il se trouve, une matière physiquement présente mais temporellement ailleurs, appartenant à une autre époque que celle qui l'entoure.

Ces pages de Nerval, Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, les poètes de la nuit et de l’errance, ont été assemblées en une succession de corps célestes, lunes, planètes arrachés à leur orbite, qui s'échappent définitivement de l'attraction qui les retenait et traversent la série jusqu'à sortir du cadre. Huit cycles, comme les 8 phases de la Lune. Le temps compté en révolutions quand on a perdu tous les autres repères.















Astroblémique



L'astroblème désigne la cicatrice laissée par l'impact d'une météorite — une destruction totale, soudaine, qui reconfigure pour toujours le paysage environnant. La sidération est son équivalent psychique exact : le gel brutal du système nerveux face à l'intolérable, quand la conscience s'arrête et que le corps reste pétrifié devant le désastre. Ces six pages des Contemplations de Victor Hugo ont été recouvertes de pigments ocre et rouge sombre, de cendres de cigarettes et de diluant cellulosique. La lave a tout envahi. Le texte a presque disparu.

Hugo écrivait les Contemplations depuis son propre abîme,  après la mort brutale de sa fille. La sidération et la contemplation partagent la même immobilité fondamentale : dans les deux cas on ne peut qu'être là, debout, face à ce qui dépasse l'entendement.
Disposées en deux colonnes verticales, ces pages forment des totems, stèles commémoratives d'un événement que le corps n'a pas encore fini d'enregistrer.

















Effacement automatique


En dialogue avec les pratiques surréalistes de l'écriture automatique, la série « Effacement automatique » inverse le geste créatif : au lieu de générer du texte par un flux inconscient, ces œuvres exhument une poésie latente par un effacement sélectif. À partir de pages arrachées à des livres abandonnés, elles créent des poèmes accidentels qui émergent de la suppression du texte environnant.

Là où l'écriture automatique cherchait à contourner le contrôle rationnel pour accéder à l'inconscient, l'effacement automatique révèle ce qui sommeille au sein des textes existants : des récits cachés, des juxtapositions inattendues et des ruptures sémantiques auparavant illisibles. L'acte d'effacement devient une forme d'anamnèse, une méthode pour découvrir le sens secret du texte, à l'instar de souvenirs traumatiques qui ressurgissent par intermittence et par fragments, plutôt que par un récit linéaire.

Sur certaines pages, de la peinture à l'huile est appliquée, formant des bulles de mémoire où mots et cartes se mêlent comme des fragments de rêve. Ces bulles évoquent les mécanismes de la cryptomnésie : comment certains mots, phrases ou images surgissent spontanément des profondeurs de la conscience, tandis que d’autres demeurent enfouis, sujets à une sorte d’amnésie.

Tels des rêves qui condensent et altèrent le sens de la pensée, ces effacements automatiques transforment la prose des livres abandonnés en vers énigmatiques, traces d’un inconscient mystérieux, désormais reconfiguré en de nouvelles formes d’une beauté incertaine et fragmentaire. Elles cartographient la topographie de l’oubli, où certains mots deviennent des territoires insaisissables, tandis que d’autres émergent avec une clarté inattendue de la page effacée.





Rêve

Page de livre





Terre

Page de livre





Victoire

Page de livre





Ma Lisa

Page de livre





Phénix - φοῖνιξ

Grec ancien - Signifiant probablement « rouge sang » 
Page de livre - peinture à l'huile





Pax

Page de livre





Apolline Juna

Page from book





Gloria Erell

Page from book





Tranquille

Page de livre





Jusqu’au

Page de livre





The tempest

Page de livre





Oiseau

Page de livre





Le coup de tonnerre

Page de livre





Oui

Page de livre





Souvenir du futur

Page de livre, peinture à l’huile





Psychogénéalogie

Page de livre, carte, peinture à l’huile





Acte manqué

Page de livre, carte, peinture à l’huile





Aboulie Géopsychique

Page de livre, carte, peinture à l’huile





Histoire ancienne - 古代史

Page d’atlas, peinture à l’huile





Pédagogique


Conçue pour un livre pour enfants, la série Pédagogique présente des collages de légumes gravés, entourés de petites mains curieuses s'adonnant à des expériences ludiques : mesures au pied à coulisse, chronométrage, tapotements au marteau, observation à la loupe. La série utilise l'humour et des juxtapositions surprenantes pour éveiller la curiosité envers les légumes. 

En transformant des aliments familiers en objets d'émerveillement scientifique, elle suggère que les produits du quotidien méritent la même attention et le même respect que les découvertes rares. L'absurdité des expériences, tapoter un champignon, chronométrer un petit pois, crée un humour visuel qui ravive l'intérêt pour les légumes, non pas par des leçons de nutrition, mais par le plaisir de les observer de près et de les imaginer sous un jour nouveau.





Phusis - φύσις

Phénomènes naturels - Grec ancien
Gravure, collage 





Le navet

Gravure, collage 


        


L’asperge

Gravure, collage 





Le champignon

Gravure, collage 





Les pois

Gravure, collage 





Symbiotique


La série Symbiotique explore la place de l'humanité dans l'immensité de l'espace à travers des collages qui superposent images astronomiques, paysages terrestres et silhouettes humaines. Par le biais de découpes en négatif, ces œuvres créent un dialogue visuel entre les échelles : l'infiniment grand dialogue avec l'infiniment petit.

La symétrie des images suggère à la fois appartenance et complémentarité, une relation réciproque entre ce que les humains extraient de la nature et ce que la nature leur impose. L'humanité demeure-t-elle soumise aux forces cosmiques ou est-elle elle-même devenue une force géologique ? À une époque où l'activité humaine remodèle les systèmes planétaires, l’Anthropocène, la série interroge la possibilité de nouvelles formes de symbiose.

En superposant des images d'échelles radicalement différentes, surfaces terrestres, corps célestes, chromatographie,  l'œuvre abolit les distances, suggérant que le local et le cosmique, l'intime et le vaste, coexistent sur un continuum. Ce qui en ressort n'est ni la séparation ni la domination, mais une coexistence complexe : des êtres humains façonnés par les forces environnementales, apprenant à coexister au sein de systèmes qui les dépassent, trouvant leur place non par l'exploitation mais par la participation.

















Pandemique


Créée pendant la pandémie de COVID-19, la série Pandémique juxtapose des images de bateaux à des photomicrographies biologiques issues des archives du CNRS,  vues agrandies de structures cellulaires et de micro-organismes. La collision d'images nautiques et d'abstractions biologiques crée une métaphore visuelle de la navigation face à une menace invisible : des bateaux dérivant sur des surfaces évoquant des cultures virales, naviguant à travers des paysages corporels agrandis, tentant de traverser des territoires à la fois vastes et microscopiques.

Le bateau, historiquement symbole de voyage et de quarantaine (le terme lui-même dérivé de « quaranta giorni », les quarante jours d'isolement des navires pendant la peste), devient la figure d'une navigation incertaine au cœur d'une crise biologique. Ces embarcations flottent sur ce qui pourrait être des surfaces océaniques ou des membranes cellulaires, traversent ce qui pourrait être des vagues ou des particules virales. 

La pandémie a aboli les distances tout en amplifiant l'invisible : ce qui nous menaçait existait en deçà de la perception, et pourtant ses effets ont été ressentis à l'échelle mondiale. Ces œuvres opèrent dans cette ambiguïté d'échelle – sommes-nous face à des mers ou à des cellules microscopiques ? Les bateaux naviguent dans ces eaux incertaines sans destination précise, incarnant l'expérience de traverser une crise dont l'ampleur et la trajectoire sont restées fondamentalement imprévisibles.




Mars

Photomicrographie biologique
Archives du CNRS






Avril

Photomicrographie biologique
Archives du CNRS






Mai

Photomicrographie biologique
Archives du CNRS





Juin

Photomicrographie biologique
Archives du CNRS





Juillet

Photomicrographie biologique
Archives du CNRS





Août

Photomicrographie biologique
Archives du CNRS





Septembre

Photomicrographie biologique
Archives du CNRS





Géopoétique


Créée en 2013 lors d'une résidence au Centre International d'Art et du Paysage de l'Île de Vassivière pour URGENT !! 3, une intervention collaborative avec le collectif Patrice Soletti, la série Géopoétique explore la rencontre entre géographie et poésie, une écriture qui émerge du lieu et y répond. Le terme emprunte au mouvement géopoétique fondé par Kenneth White, qui postule que le paysage n'est pas un simple décor, mais un acteur à part entière dans la genèse de la pensée et du langage.

À partir de poèmes écrits par Fabrice Caravaca lors de son tour de l'île, le projet retrace son parcours, une démarche qui fait également écho au concept situationniste de dérive théorisé par Guy Debord, où la marche devient une méthode d'investigation psychogéographique, révélant comment le terrain façonne la perception et l'émotion. 

En parcourant le même circuit et en photographiant ces textes aux endroits où ils auraient été composés, l'œuvre tente de réunir les mots aux paysages qui les ont engendrés, créant ainsi un écho temporel et géographique entre deux explorations séparés par le temps.





















Dédalique


Ces photographies des Carrières de Lumières aux Baux-de-Provence transforment ces anciennes carrières de calcaire en labyrinthes abstraits. Creusées depuis l'époque romaine et taillées géométriquement jusqu'en 1935, ces chambres souterraines apparaissent désormais comme des dédales déroutants où l'ombre et la lumière dessinent des passages anguleux et mysterieux.

Le labyrinthe sert de métaphore à la démarche scientifique : un processus d'errance, d'impasses et d'illuminations soudaines. À l'instar du labyrinthe de Dédale ou de la fuite incertaine d'Icare, la recherche progresse par tâtonnements, erreurs et exploration graduelle d'un territoire inconnu. La précision géométrique des blocs de pierre taillés contraste avec l'incertitude organique de la navigation, créant une tension visuelle entre l'ordre imposé (les murs taillés) et le chaos vécu (le chercheur perdu à l'intérieur).

Dans ce dédale souterrain, la lumière devient le fil d'Ariane, le principe directeur qui, s'il est suivi, peut mener des ténèbres à la compréhension.





















Stochastique


Cette série naît d'une perturbation de l'acte cartographique lui-même. Les cartes, instruments conçus pour fixer l'espace dans des coordonnées stables et rationnelles, sont soumises à des mouvements stochastiques, c'est-à-dire des mouvements aléatoires, lors de leur numérisation, transformant la certitude géographique en traces oscillantes. Il en résulte des artefacts visuels qui ressemblent à des enregistrements de données scientifiques : des sismographes mesurant les mouvements tectoniques, des électrocardiogrammes capturant l'activité électrique du cœur, des électroencéphalogrammes enregistrant l'activité neuronale.

La géographie devient physiologie ; la carte cesse de représenter le territoire et enregistre plutôt les conditions instables de sa propre capture, à l'instar du principe d'incertitude emprunté à la mécanique quantique et à la théorie du chaos. L'acte de mesure en présence de mouvement aléatoire perturbe inévitablement ce qu'il cherche à documenter. Une carte prétend offrir une vérité objective et déterministe, mais l'acte de numérisation en mouvement révèle ce que la cartographie refoule : l'espace n'est jamais statique, le mouvement est inhérent et l'observation elle-même participe à la génération de ce qu'elle observe. Ce qui apparaît sur la page n'est pas un territoire, mais l'interface turbulente entre intention déterministe et déviation stochastique,  la collision de l'ordre et du hasard.

Les images qui en résultent oscillent entre contrôle et chaos, rationalité et organicité. Ce sont des cartes qui ont oublié comment cartographier, des données géographiques transformées en signal pur, fréquences visuelles d'un monde en mouvement perpétuel, refusant d'être figé, revendiquant son droit de vibrer, d'osciller et d'échapper aux cadres que nous lui imposons. La réalité, observée en mouvement, devient probabiliste, et le monde résiste à toute tentative de contrôle.




N° 01





N° 02





N° 03





N° 04





N° 05





N° 06





Infinitique


Ces photographies de surfaces de sable en négatif créent des terrains ambigus où l'échelle devient indéterminée. Les images oscillent entre l'infiniment grand et l'infiniment petit, paysages lunaires photographiés depuis l'orbite, ou structures granulaires microscopiques. Un grain de sable ressemble à un cratère ; des rides apparaissent telles des formations galactiques.

Cette effacement d'échelle évoque la convergence recherchée par la théorie du tout : l'unification de la mécanique quantique et la théorie de la relativité générale, qui décrivent respectivement les phénomènes au niveau microscopique et au niveau macroscopique. L'inversion négative déstabilise davantage la perception, ce qui émerge n'est ni paysage, ni microscopie, mais une forme pure existant au-delà de l'échelle humaine, suggérant que la réalité, à son niveau le plus fondamental, opère là où l'infiniment vaste et l'infiniment petit deviennent indiscernables, le territoire où toute théorie du tout pourrait se situer.